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Le blog de Marine Tondelier

Elue municipale d'opposition à Hénin-Beaumont

Tag Archives: Drogues

Petit billet pour vous faire part d’une émission à laquelle j’ai eu l’occasion de participer lundi pour y représenter les Jeunes Verts….


Suite à la tribune publiée sur Le Monde.fr le 16 décembre et co-écrite avec Anne Souyris, les Jeunes Verts ont été invités à venir préciser leurs idées sur Radio Campus Paris, aux côtés de Pierre Chappart, écologiste spécialiste des drogues et membre d’Act Up.

On commence par l’anecdote "off", c’est que j’étais malade et complètement à côté de la plaque en partant de chez moi (je faisais l’aller-retour Lille Paris juste le temps de l’émission) et donc que j’ai oublié mon porte-feuille. Oubli qui m’a coûté 75 euros d’amende (parce que  pas de porte-monnaie = pas d’argent pour payer l’amende = BAM, tu paies encore plus cher ;) ). Mon plaidoyer pour la dépénalisation de l’oubli de la carte 12-25 ayant laissé le contrôleur de marbre, ça partait mal et m’a peu mise en confiance. Mais au moins, j’avais convaincu mon voisin de TGV :) Et Fanny, secrétaire générale des Jeunes Verts, a eu la gentillesse de venir me soutenir dans ma détresse psychologique :)

 

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Vous pouvez écouter l’émission au lien suivant: la-matinale-du-10-janvier

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Vous aurez le droit à :

- Une argumentation écologiste pour la légalisation contrôlée et les salles de consommation à moindre risques, par Pierre Chappart (Co-président d’Act Up-Paris et Chef du projet de l’Asud) et moi-même.

- Une interview par téléphone de Maxime de Jeudi noir (j’en profite pour vous renvoyer au communiqué de soutien à Jeudi noir qu’ont fait circuler les Jeunes Ecologistes)

- Une intervention de Benjamin Haddad, président de "Génération France Jeunes" et figure montante des Jeunes de droite depuis l’accession de jean-François Coppé à la tête de l’UMP. C’est assez édifiant d’ailleurs de voir à quel point les "grands" du parti interfèrent dans les débats internes au mouvement de jeunesse, dont l’indépendance fait vraiment question (mais ça n’a pas l’air de leur poser problème apparemment)… C’est le message que j’ai essayé de faire passer à la toute fin (genre dernière minute) de l’émission!

 

En espérant que la question de la réforme de notre politique française des drogues – qui est complètement contre-productive car n’a aucun impact sur la consommation mais mets des personnes en danger, enrichit les narcotrafiquants et encombre notre système judiciaire -, aura la place qu’elle mérite dans la campagne pour 2012 :)

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Voici la tribune co-signée par Anne Souyris et moi-même et parue ce matin sur Le Monde.fr

En vous souhaitant une bonne lecture !

Point de vue

Drogues : mettons fin à 40 ans d’hypocrisie !

 

Les drogues restent un sujet passionnel en France, ce qui rend les partis comme les élus particulièrement frileux quant à la réforme de nos politiques en la matière, et ce, malgré leur flagrante contre-productivité.

Notre politique française – la plus répressive d’Europe –, montre clairement ses limites. La plupart des experts reconnaissent que comme la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis dans les années 1920, elle nourrit les trafics en tout genre, précarise les usagers les plus vulnérables et engendre des violences, que la simple présence de policiers sur le terrain ne permet plus d’endiguer. Dernier symptôme d’ineffcacité, et non le moindre, la France détient aujourd’hui un des taux records de jeunes utilisateurs de stupéfants en Europe.

En effet, malgré l’arsenal répressif mis en œuvre, les statistiques de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies révèlent que même interdite, la drogue est facile d’accès et les drogues dites "dures" (cocaïne, héroïne, LSD, etc.) sont plus populaires parmi les jeunes qu’auparavant. Enfin, la répression entraîne une consommation de drogue forcément clandestine, qui précarise les usagers : la diminution des moyens mis en œuvre pour les accompagner et les aider au quotidien ont fait une fois de plus repartir leur mortalité à la hausse.

Depuis 2003, la politique gouvernementale a accordé la priorité à la criminalisation de l’usage des drogues, qui mobilise des milliers de policiers et de gendarmes, gèle des moyens très importants, coûte un temps précieux, et encombre souvent inutilement les douanes, les tribunaux et les prisons. Une politique de la drogue pacifiée permettrait de libérer de précieux moyens de sécurité, qui pourraient être ré-affectés à d’autres types de missions. Cela est d’autant plus nécessaire que la répression se trompe de cible : on estime que les interpellations pour stupéfants concernent dans 90 % des cas les usagers de cannabis, alors que les interpellations pour trafic se montent à environ 9 %.

Quant aux condamnations, elles sanctionnent essentiellement l’usage et la détention-acquisition, délits associés à l’usage. Il s’agit le plus souvent d’amendes – mais contrairement à ce qui se dit, il y a aussi des incarcérations pour usage, soit en 2008 3 111 peines ferme pour usage illicite de stupéfant et 5 456 peines ferme pour détention-acquisition de stupéfants soit au total 8 567, les incarcérations pour usage étant plus nombreuses les incarcérations pour trafic.

Depuis plus de quarante ans, les gouvernements de droite comme de gauche ne se sont jamais détournés de la surenchère répressive comme le montrent les chiffres publiés la semaine dernière par l’OFDT : depuis 1970, la répression de l’usage a augmenté chaque année, parallèlement à l’augmentation régulière des moyens des services répressifs. Or des solutions alternatives existent ! En témoignent notamment les derniers rapports d’institutions aussi réputées pour leur sérieux que l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation des Nations unies ou encore l’Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Une expertise confrontant les données internationales a en effet démontré que la répression de l’usage et détention était inefficace pour limiter les consommations et encore moins pour le trafic. Les chiffres récemment publiés sont clairs : la plupart de nos voisins en Europe ont déjà dépénalisé l’usage, soit de toutes les drogues (Espagne, Italie, Pays Bas) soit seulement du cannabis (Allemagne, Belgique, Autriche) au cours des années 1990, sans constater d’augmentation de la consommation. La même démonstration a été faite au Etats-Unis, avec les douze Etats qui ont dépénalisé l’usage et la détention du cannabis pour consommation personnelle.

CHANGEMENT RADICAL

Ce qui est efficace en matière de protection de la santé, c’est une information fondée sur la réalité des risques, information qui réduit effectivement les risques et s’accompagne aussi souvent d’une stabilisation des consommations. Le développement des salles de consommation s’inscrit dans la logique de ces politiques de santé publique. Le consensus des experts est international, et certains pays – dont la Suisse, les Pays-Bas, le Portugal l’Allemagne, la Norvège et l’Espagne –, ont déjà réagi en autorisant l’ouverture de salles de consommations, en dépénalisant la consommation de cannabis voire en mettant en œuvre une distribution contrôlée d’héroïne dans certains cas très spécifques et très lourds de dépendance.

Les Jeunes Verts et Europe Ecologie – Les Verts insistent aujourd’hui pour que la France adopte à son tour des politiques de santé et de solidarité publiques qui soient basées non sur la peur et l’épouvantail sécuritaire mais sur l’humanisme, la lucidité et la responsabilité. Une politique des drogues efficace ne pourra faire l’économie à terme d’un changement radical d’orientation. Et nous avons le courage de dire que seule une légalisation contrôlée à tous les niveaux – autant en termes fiscal, sanitaire, qu’en terme de prévention et de sécurité pour tous –, est nécessaire, voire urgente. Cela induirait de changer les traités internationaux ? Alors engageons la réflexion pour ce changement ! Mais agissons dès aujourd’hui, localement, et appliquons des mesures capables de sauver des vies, en commençant par l’installation de salles de consommation à moindres risques !

Plus généralement, nous devons nous engager sans attendre dans un changement des pratiques, pratiques de santé publique d’une part, pratiques répressives d’autre part. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de se donner des priorités : la protection de la santé exige le développement de politiques de santé qui intègrent la réduction des risques ; la protection de la sécurité impliquerait la définition de priorités, la lutte contre la violence, le blanchiment et la corruption. Le développement de mafias internationales représente une réelle menace pour la démocratie : les services de police et justice doivent s’y consacrer au lieu de s’épuiser à lutter contre l’usage de la drogue. Ce détournement de moyen est inutile et contre-productif : plus les usagers sont interpellés, moins les trafquants le sont !

Nous espérons qu’Europe Ecologie – Les Verts, parti actuellement très seul à réféchir sans démagogie sur ce terrain très controversé, ne le restera pas longtemps : examiner les solutions que représenteraient la dépénalisation de toutes les drogues, la production locale en circuits courts de cannabis, la distribution médicalisée de certaines drogues dans des cas bien précis, et le recentrage de la répression sur le démantèlement des mafias… est aujourd’hui de l’ordre de l’urgence et de la responsabilité collective.

Aujourd’hui, nous fêtons les quarante ans d’un système législatif à bout de souffe : il est temps d’en fnir, non ? De nombreuses pistes existent, et nous invitons nos responsables politiques à les explorer, plutôt que de s’obstiner dans l’impasse dans laquelle les politiques des drogues françaises se sont engagées.

Anne Souyris, co-responsable du projet 2012 d’Europe Ecologie – Les Verts,
et Marine Tondelier, porte-parole des Jeunes Verts

 

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