Skip to content

Le blog de Marine Tondelier

Ecologiste, élue d'opposition à Hénin-Beaumont et Conseillère Communautaire à la CAHC

Tribune à retrouver également sur le site du nouvel observateur :

« Marine Le Pen parle à l’envi, dans le cadre de la campagne présidentielle, de son « fief d’Hénin-Beaumont« . Dimanche 15 avril, elle y tenait un grand meeting national, sept jours avant le premier tour. En tant que candidate aux législatives sur cette circonscription, je ne peux résister à l’exercice de passer en revue ce que Marine Le Pen apporte réellement à Hénin-Beaumont.

Une agitation non-constructive

Politiquement, il est compliqué de s’opposer à Marine Le Pen. La caricature est facile, le combat anti-raciste tourne aisément à la farce, donnant prise à l’idée de l’élite contre le peuple. Marine Le Pen opère une manipulation médiatique de la situation des Héninois(es) et les Beaumontois(es), en faisant passer les conséquences d’un abandon de la République et des représentants politiques pour ces territoires en vote d’adhésion pour le Front national. Mais quel est le projet du Front national pour Hénin, à part l’agitation non constructive ?

Parler projet avec le Front national est compliqué tant l’écart est important entre les mots et les actes. Mais comment ne pas trouver ridicule que Marine Le Pen, jouant sur l’indignation de la gauche morale, trolle (c’est le mot) au sujet de la viande halal quand le principal fournisseur de viande halal dans le Nord Pas-de-Calais est conseiller régional FN (il a démissionné depuis) ? Et comment ne pas trouver ridicules les tentatives de Marine Le Pen de s’autoproclamer « écologiste », histoire peut-être de se parer d’un peu de modernité, lorsque l’on compare ses déclarations à ses méthodes à Hénin-Beaumont ?

Marine le Pen est pour les énergies renouvelables de manière générale, elle l’a rappelé à plusieurs reprises lors de sa campagne, mais « contre » les éoliennes responsables de « pollution visuelle », ce sont ses termes. Vous me direz : elle n’est pas la première dans cette contradiction là. Oui, mais… la contradiction chez Marine Le Pen va plus loin ! La pollution visuelle est un combat historique de l’écologie politique : affichage sauvage, matraquage publicitaire, urbanisation sauvage, etc. Nous connaissons tout cela à Hénin-Beaumont. Mais chez nous, la principale source de pollution visuelle, c’est… le Front national lui-même !

Dans les rues d'Hénin-Beaumont début 2012, des affices pour Marine Le Pen (M. TONDELIER)

 Dans les rues d’Hénin-Beaumont début 2012, des affiches pour Marine Le Pen (M. TONDELIER)

L’affichage sauvage opéré en permanence par le Front national est d’une violence symbolique révoltante. L’ambiance est celle d’une chape de plomb posée sur la ville, et tout y passe : mobilier urbain, murs… Histoire de troubler en permanence la stabilité et la sérénité dont ont besoin les Héninois-e-s et les Beaumontois-e-s pour reconstruire ensemble leur ville, plutôt que d’être en permanence ramenés à la déstabilisation politique via un matraquage d’affiches de Marine le Pen.

Et c’est là tout le problème pour Hénin-Beaumont. Marine Le Pen n’a pas de projet politique pour cette ville et entretient le climat sinistré. Pour mettre en scène la France des perdants, la majorité invisible, Marine Le Pen est prête à refuser tout ce qui pourrait modifier un peu l’image de la ville.

La preuve que sa priorité n’est pas d’aider le territoire de manière stable, elle a démissionné de son mandat moins de deux ans après avoir été élue, privilégiant, a-t-elle expliqué, son mandat bruxellois, au nom de « l’efficacité politique ». Curieuse stratégie, lorsque l’on sait qu’elle figure parmiles parlementaires les moins assidus, et qu’elle n’a déposé, depuis 2004, aucun amendement dans la commission « emploi et affaires sociales » dont elle fait partie.

Un ancrage compliqué

L’ancrage local pour le Front national est compliqué : il se doit d’y entretenir une situation favorable à sa prolifération : un abandon, un mécontentement. Que se passerait-il si un projet politique était porté pour modifier les fondamentaux, et en premier lieu l’image de ce territoire sur lui-même ?

Hénin-Carvin regroupe 45% de plus d’ouvriers que la moyenne nationale. Des entreprises majeures y ont fermé, parmi lesquelles Samsonite, victime de « patrons voyous ». Le taux de chômage y est de 16% pour les employés et de 18% pour les ouvriers (en 2008 !). C’est aussi 8600 allocataires d’aides sociales, soit environ 7% de la population, parmi lesquels près de 24% dépendent de ces aides pour plus de 75% de leurs revenus !

Au niveau éducation, le retard scolaire constaté en 6e est de plus de 7 points supérieurs à la moyenne nationale en 2010-2011. Le taux de sortie du système scolaire sans diplôme est de 5 points supérieur à la moyenne nationale.

En termes de santé, l’offre de médecin spécialiste est de 7 points inférieur à la moyenne nationale, de 2 points pour les généralistes alors que le Pas-de-Calais est l’un des pires départements en ce qui concerne un certain nombre d’indicateurs de santé, avec comme zone rouge l’ex-bassin minier, avec des taux de surmortalité allant jusqu’à 67% à Hénin-Beaumont.

Surfer sur la misère

Voilà le terreau de Marine Le Pen, c’est quelque chose de connu. Mais il faut comprendre que le Front national ne s’investit nullement pour faire évoluer ce territoire, changer son image, augmenter à la fois les revenus mais aussi améliorer le cadre de vie, c’est-à-dire l’accès à la santé, à l’éducation et à des équipements, pour atteindre des niveaux comparables au reste du pays.

Marine Le Pen est un corbeau qui prospère sur les difficultés du territoire et la déstabilisation possible qui en découle. Car, pour le Front national, c’est évident : le plus rentable, électoralement parlant, est d’attiser la haine, de renforcer l’agitation et de surfer sur la misère.

En tant qu’habitante d’Hénin-Beaumont, je refuse cette instrumentalisation de ma ville. Car du fait de cette stratégie, le bassin minier se retrouve une fois encore enfermé dans le cliché d’un territoire sinistré, alors qu’il ne se résume pas à ces turpitudes politiciennes. Le bassin minier, c’est surtout une population jeune et dynamique, une immense solidarité, une convivialité réputée, une histoire riche et un patrimoine qui, demain peut-être, sera classé au patrimoine international de l’Unesco. Avec les habitants, je veux que nous retrouvions notre fierté d’être « d’ici ».

Alors que faire ?

Il faut d’abord retrouver une stabilité politique et économique localement. Cela passe par un engagement fort sur les thématiques d’emploi, de la réindustrialisation et de l’entreprise sociale de proximité. Ce n’est pas facile mais ce n’est pas impossible. Reconvertir le bassin minier en s’appuyant sur ses compétences pour dépolluer les sites abandonnés, et engager de plain-pied la reconversion dans l’économie verte : des solutions existent !

Mais il faut également s’engager prioritairement sur l’évolution de la qualité de vie sur le territoire, qui est un levier à la portée des élus. L’abandon de bâtiments, leurs mauvaises isolations, l’absence de projet de rénovation du bâti sont des sujets de l’écologie politique. Nous les porterons à Hénin-Beaumont.

Finalement, le défi de l’écologie à Hénin-Beaumont, c’est celui de la gauche populaire. Il faut revenir aux racines de la gauche. Aux gens, tous simplement. Et ouvrir de nouveaux horizons pour le territoire.

La campagne présidentielle étant bientôt terminée, j’espère avoir bientôt l’occasion de débattre de l’avenir du bassin minier avec Marine Le Pen, au-delà des effets de manche qui visent à tout, sauf à améliorer la vie des gens dans notre ville ! « 

Étiquettes : , , , , , , , , , , ,

%d blogueurs aiment cette page :