Ralliement de la liste Dalongeville au front national: inversion stupéfiante des pôles magnétiques à Henin-Beaumont

La vie politique locale a, à Hénin-Beaumont, toujours été pleine de rebondissements rocambolesques… Celui qui a été officialisé ce soir restera culte!

Car le membre de la liste de Gérard Dalongeville qui vient de remplacer ce dernier au conseil municipal a annoncé sa décision de siéger au groupe… FN (non non, vous ne rêvez pas).

Rappelez-vous: il y a à peine 15 jours, nous apprenions que Gérard Dalongeville désistait son appel.

Au centre de la tourmente judiciaire, celui qui fut notre maire de 2001 à 2009 avait été condamné en août 2013 pour une série impressionnante de détournements de fonds publics, délits de favoritisme et usages de faux, à quatre ans de prison dont un avec sursis, 50 000 euros d’amende, cinq ans de privation de droits civiques, civils et de famille.

Immédiatement, il avait annoncé faire appel, et même déclaré qu’il se pourvoirait en cassation s’il le fallait. Cette procédure d’appel étant suspensive, il redevenait donc, le temps de la procédure d’appel, éligible… Et en profitait dans la foulée pour se présenter aux municipales de 2014 dans la même ville qui peine encore à se relever de tout le mal financier, politique et moral qu’il lui a fait.

Sans aucun scrupule, il a déroulé sa campagne, expliquant à la presse que c’était « le FN ou lui », et qu’il était le seul à pouvoir battre le FN ». Se vantant « de n’avoir eu aucun mal à constituer une liste », ajoutant même « si j’avais voulu, j’aurais même pu en faire trois ». Et pronostiquant finalement, en toute humilité: « si Briois fait 35 % au premier tour, je serai à 25 % ».

Seulement voilà, Steeve Briois n’a pas fait 35% mais plus de 50% au 1er tour, remportant la ville sans même avoir besoin d’un second tour. Gérard Dalongeville, lui, finira à 9,76% des voix, décrochant in extremis une place dans l’opposition du Conseil Municipal aux côté des 6 élus de notre groupe « Agissons Unis pour Hénin-Beaumont » (Divers gauche-EELV-PC-PS).

Pendant sa campagne, il avait été vindicatif: « Mon seul ennemi, en politique, c’est le Front national. Il y a des gens qui vont jurer qu’ils votent républicain, et qui finiront par mettre un Briois dans l’urne. Il y a les très méchants, le Front national, et en face des bisounours » avait-il par exemple déclaré au Point.

Sauf que dès sa prise de fonction en tant que Conseiller municipal, une forme d’inversion des pôles magnétiques a eu lieu.

Les quelques semaines qu’aura duré son mandat jusqu’à sa démission le 15 novembre dernier auront été étonnantes pour la nouvelle conseillère municipale que j’étais… sa voisine dans la salle du conseil.

Dès la première séance, le nouveau maire Steeve Briois a accablé Eugène Binaisse, le maire sortant et notre tête de liste du rassemblement de la gauche, de tous les maux, allant même jusqu’à expliquer très sérieusement qu’à cause de lui, « la ville avait pris 40 ans de retard ». Belle performance pour lui qui n’aura été maire… Que 4 ans. Et rien, bien sûr, sur le maire précédent (qui lui aura assumé cette fonction de 2001 à 2009 avec tellement de brio qu’il accomplira l’exploit d’être le premier maire en France à être ainsi révoqué de ses fonctions par décret du Président de la République).

Plusieurs conseils municipaux de suite, nous avons assisté à des charges répétées et disproportionnées contre Eugène Binaisse. Sous l’oeil amusé de Gérard Dalongeville, qui lui était épargné et se délectait ouvertement, allant même jusqu’à donner la réplique au FN dans ce qui était bel et bien devenu un sketch. Comme ce soir où il demanda à Bruno Bilde des précisions sur un marché public passé sous la précédente mandature en lui demandant « je ne comprends pas comment on peut passer un marché public dans ces conditions, sans bon de commande »… Evidemment! L’expert des marchés de publics truqués ne voyait ABSOLUMENT pas comment tout cela est possible.

Et puis il y a eu sa première tribune municipale, ressemblant à s’y méprendre à une tribune d’élu membre de la majorité, vantant les mérites du nouveau budget du front national.

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Mes collègues d’opposition et moi même avions fini par en déduire qu’un pacte de non agression avait été passé entre le FN et Dalongeville, aussi stupéfiant que cela puisse paraître.

Aujourd’hui, les masques tombent officiellement.

En renonçant à faire appel de sa condamnation, on aurait pu croire que Gérard Dalongeville, qui aura trompé les Héninois jusqu’au bout, laisserait M. Briois et ses amis orphelins de leur meilleur allié.

Sa stratégie personnelle nous a laissés perplexes. Pourquoi ce désistement à seulement 3 semaines du procès? Tout cela était-il calculé depuis le départ? Au profit de qui et selon quels arrangements?

Peut être le microclimat Héninois favorable aux scandales politiques nous aura conditionné à tort à échafauder des hypothèses hasardeuses….

Seulement voilà: suite à sa démission, son troisième de liste, l’ancien combattant Clément Golka, était donc intronisé ce soir au Conseil Municipal dans ses nouvelles fonctions.

Des rumeurs insistantes disaient que le FN lui avait promis une délégation… Mais nous ne souhaitions pas y croire: c’était trop gros…

Et bien figurez vous que ce soir, le rattachement de Clément Golka au groupe front national a été annoncé d’entrée de jeu, et qu’il a donc directement siégé dans les rangs de la majorité…

Cela remet au moins les choses à leur place et la liste que Gérard Dalongeville a portée aux municipales ne peut plus être aujourd’hui restrospectivement considérée comme une liste d’opposition. Encore un coup de trafalgar pour ses électeurs, pour qui il aura décidément eu bien peu d’égard.

Faire campagne en s’insurgeant contre le FN pour leur offrir in fine un conseiller municipal de plus est une imposture. D’un point de vue démocratique cela est très choquant…

Se faire élire en se revendiquant d’avoir sauvé la ville du dangereux Dalongeville en ralliant le lendemain ceux qui décidèrent d’être ses colistiers même après sa condamnation en première instance est insensé.

Dorénavant, le Front national aura l’occasion de faire preuve de plus d’humilité dans ses leçons de morale.

Car pour rappeler leur réplique préférée: « quand on veut monter au cocotier, il faut avoir le cul propre »!

Une réflexion sur “Ralliement de la liste Dalongeville au front national: inversion stupéfiante des pôles magnétiques à Henin-Beaumont

  1. La condition d’élu devrait cesser d’être un droit inaliénable en toutes circonstances.

    90 % de la population vit toute sa vie sans mandat politique, on peut légitimement considérer qu’on peut vivre sans, sauf à considérer que 90 % de la population vit sans un truc fondamentalement important.

    Ne serait-il pas salutaire (même si compliqué d’un point de vue constitutionnel) d’établir une distinction entre droit civique « passif » (s’exprimer, voter…) et droit civique « actif » (se présenter à un mandat, exercer une fonction exécutive…). Un élu impliqué dans des affaires de détournement de bien public devrait, à mon sens, garder pendant toute la procédure judiciaire la jouissance des droits civiques « passifs » mais pas de la jouissance des droits civiques « actifs ». Qui, je le répète, sont un droit mais pas une obligation…

    A l’heure actuelle, le fonctionnement de nos institutions protège les droits et libertés individuelles au détriment du collectif, de la « res publica ». A partir du moment ou Dalongeville est révoqué par le Président de la République, seuls ses droits civiques « actifs » devraient être suspendus.
    Le procès a lieu, il prend 3 ans fermes + privations des droits (passif + actif), la société, ou du moins nos représentants, jugent, à l’instar de la décision du président de la république, que le comportement de cette personne dans le cadre de ces fonctions électives, nécessite de l’écarter de la vie publique afin de préserver la communauté de ces agissements.

    Bing, il fait appel, on a suspension de la décision et il peut ainsi revenir « jouer » aux élections, pour le résultat que l’on connait. Ces comportements décrédibilisent la démocratie représentative au plus au point et font des dégâts considérables.
    L’appel de Dalongeville aurait du le replacer dans son statu quo ante, à savoir privation des droits « actifs », tant qu’un jury n’a pas statué sur son cas. La, c’est pas un vide juridique, le système est configuré pour protèger les droits individuelles sans distinctions et à l’extrême, au détriment de l’intérêt général.

    C’est quand même juste énorme qu’il ait pu revenir juste pour quelques semaines pour faire élire dans un fauteuil un parti qu’il lui a permis de préempter la mairie pendant 8 ans et surtout d’y régner en maître, en « parrain » mettant la collectivité droit dans le mur…..
    On a déjà vu des élections être annulées (Béthune en 2001) à cause de tracts calomnieux « de nature à altérer la sincérité du scrutin », on peut se poser la question, la présence de Mr Dalongeville, ancien maire ayant précipité la ville dans l’abime ou elle était, n’était-elle pas « de nature à altérer la sincérité du scrutin » ?

    Et surtout, d’alimenter le tous pourris ambiant et donc le vote FN comme l’avance et la victoire au 1er tour nous l’indique. Voila un parti qui donne des leçons d’exemplarité, qui lave « plus blanc que blanc » mais qui est prêt à toute les compromissions et bassesses morales pour emporter la galette.

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