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Le blog de Marine Tondelier

Ecologiste, élue d'opposition à Hénin-Beaumont et Conseillère Communautaire à la CAHC

La majorité municipale nous a proposé ce soir en conseil municipal d’approuver l’adhésion de la Ville d’Hénin-Beaumont au dispositif « voisins vigilants » à compter du 1er janvier 2015.

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La délibération explique que la commune d’Hénin-Beaumont a connu une hausse des vols avec effraction ces derniers mois. C’est vrai.

Elle rappelle que les cambriolages causent des préjudices inacceptables pour les victimes. C’est vrai.

Elle déclare enfin qu’il faut apporter des réponses aux Héninois à ce sujet. C’est vrai.

Mais si nous sommes d’accord avec ces constats, nous n’en doutons pas moins fortement de la solution que proposée ici. C’est pourquoi mes collègues du groupe d’opposition et moi même avons fait le choix de nous abstenir sur ce dispositif, en argumentant précisément ce choix.

Car qu’est ce que voisins vigilants ?

C’est un dispositif mis en place par Claude Guéant en 2011, lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur, qui invite dans les communes où il est mis en place les citoyens volontaires à surveiller leur quartier, et à signaler à la gendarmerie ou à la police, selon les zones, tout agissement suspect entrant dans le large spectre évoqué par le ministre.

Cela nous met mal à l’aise et à plusieurs égards.

D’abord parce que sous couvert d’un dispositif de « participation citoyenne », c’est un système organisé de délation communément appelée «  voisins vigilants » qui s’organise, destiné à instrumentaliser le sentiment d’insécurité de nos concitoyens.

Avec les « Voisins Vigilants », nous faisons un pas supplémentaire vers la société de la suspicion généralisée. Même si la recrudescence de cambriolage sur la ville nous y incite, il faut se garder de ce genre de réflexe qui au mieux n’améliorera en rien la situation, mais au pire risque d’assombrir le climat de la ville. Chacun serait en effet appelé à voir en l’autre un délinquant ou un criminel potentiel, à douter de l’innocence de l’autre, à surveiller et s’auto-surveiller en permanence.

Faisons un peu preuve de bon sens : si vous voyez un cambrioleur escalader le mur de votre voisin : avez vous besoin d’être adhérent à ce genre de dispositif pour prévenir la police ?

Le fait d’être un voisin vigilant me semble naturel et ne demande pas une officialisation ni le paiement de 2400 euros par an à une société. La loi est d’ailleurs très claire : si un habitant voit quelqu’un commettre un délit, il se doit de prévenir la police, et ne pas le faire ou témoigner est passible de poursuite.

D’autre part, garantir la sécurité des personnes et des biens est une mission de l’État. Or nous n’estimons pas qu’il revienne à chaque individu de se substituer, sans formation ni travail de réflexion et déontologique, aux forces de l’ordre. Surtout que les niveaux d’intervention et de responsabilité ne peuvent pas être les mêmes du juge au policier et au citoyen. Il y a risque de créer un groupe de citoyens qui se sentent dépositaire de pouvoirs qu’ils ne doivent pas avoir et se prennent pour des « cowboys ». Ils peuvent alors devenir dangereux pour l’autre, délinquant ou pas, et pour eux-mêmes.

D’autres réserves que je n’ai pas eu le temps de détailler lors de mon intervention à ce sujet en Conseil Municipal me font par ailleurs me méfier de ce dispositif, qui pose une petite problématique d’utilisation des finances publiques. Voisins vigilants est une société privée. Au chiffre d’affaire juteux…

Et que penser de la collecte des données privées à laquelle cette société procède ? Le service compte à ce jour près de 100.000 utilisateurs, avec la possibilité d’envoyer des alertes SMS à ses voisins… Ce sont donc des centaines de milliers de coordonnées personnelles qui sont progressivement collectées par la société.

Nous, élus d’oppositions, estimons ne pas avoir besoin d’adhérer à une milice pour porter un œil attentif et bienveillant sur le monde qui nous entoure.

A la notion de « voisins vigilants », nous préférons celle de « voisin solidaire ». Ce n’est pas d’une société privée qui coache les habitants à la défense dont nous avons besoin, mais de tisser davantage de lien social dans nos quartiers. La chaleureuse tradition chti fait d’ailleurs que cela est sûrement plus facile ici qu’ailleurs !

Cette solidarité accrue entre voisin serait d’ailleurs bénéfiques à d’autres domaines et non seulement en matière de sécurité : aider une voisine âgée avec ses courses, s’occuper du chat pendant une absence, organiser une fête des voisins dans sa rue…

Compter sur ses voisins, tisser le lien social, entraîne un renforcement du sentiment de sécurité sans entrer dans un système de suspicion organisé.

Ne leurrons pas la population avec des autocollants voisins vigilants en leur donnant l’illusion de la sécurité.

Offrons leur la vraie sécurité !

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