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Le blog de Marine Tondelier

Ecologiste, élue d'opposition à Hénin-Beaumont et Conseillère Communautaire à la CAHC

Nous célébrons aujourd’hui un armistice bientôt centenaire, celui du premier conflit mondial. Nous nous souvenons d’un conflit meurtrier, qui a laissé sur nos territoires des cicatrices encore bien visibles, comme autant de rappels.

Dans toute période de trouble, il est bon de se souvenir. Se souvenir de ce pour quoi il faut se battre : une société apaisée, la justice sociale, le bien-être de tous. Se souvenir de quelle façon le faire : à travers les idées, le débat, l’échange, qui doivent nous enrichir, et non pas nous enfermer.

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Cet après midi à l’anneau de la mémoire de Lorette avec Sandrine Rousseau et les candidat-e-s du Rassemblement

Ce que nous célébrons aujourd’hui c’est la paix. Nous refusons de laisser glisser ce 11 novembre dans le repli identitaire. Jean Jaurès l’avait dit, si les hommes se laissent entraîner par leurs passions nationalistes, irrédentistes, c’est l’éternel retour à la guerre. Il fut assassiné pour avoir dénoncé et lutté de toutes ses forces contre cette barbarie.

Il est plus que jamais de notre responsabilité de développer une mémoire ouverte, pas uniquement une mémoire des conflits, pour que ceux-ci ne se répètent jamais. Les commémorations du 11 novembre nous rappellent la catastrophe humaine que fut la Première guerre mondiale, mais nous permettent aussi d’avancer vers un monde pacifié.

La paix n’est pas qu’un symbole mais un but permanent. C’est le fruit du partage et de la coopération, plutôt que de l’accaparement des richesses et la compétition.

Il faut regarder le conflit droit dans les yeux et dénoncer les atrocités commises, pour pouvoir avancer sereinement. C’est ainsi que les élus écologistes du Conseil régional de Picardie ont souhaité réhabiliter collectivement les « fusillés pour l’exemple » de la Première Guerre mondiale. Leur motion « Pour une réhabilitation collective des « fusillés pour l’exemple » de la Première Guerre mondiale » a été votée par l’ensemble des groupes de la majorité régionale en décembre 2014. Seul le FN s’est abstenu.

La commémoration de 1914-1918 donne lieu à nombre d’hommages qui doivent s’adresser à la totalité des victimes. Ce sont en effet 639 soldats français qui furent « fusillés pour l’exemple », au terme de conseils de guerre des plus arbitraires, pour avoir refusé de prendre part aux combats, parce qu’ils étaient parvenus aux limites de leur endurance physique et morale face à un tel massacre ou parce que leur conscience ou leurs valeurs humanistes le leur dictait. Seuls 42 de ces fusillés ont été réhabilités à ce jour. C’est une réhabilitation de l’ensemble de ces victimes de guerre qu’il faut aujourd’hui.

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C’est à François Hollande qu’il appartient de réhabiliter ces hommes, dont la mémoire a été injustement salie. Une étude doit être menée afin de recenser les fusillés pour l’exemple en Nord Pas de Calais – Picardie et de construire à terme un mémorial à leur honneur, dont nous proposerons l’inauguration au Président de la République.

Toutes proportions gardées et bien que ne représentant qu’une partie mineure des fusillés, les mutins de la Première Guerre mondiale nous rappellent aussi que la désobéissance civile aux ordres les plus cruels est un devoir de citoyen. Quand l’État envoie aujourd’hui en France les forces de l’ordre pour expulser des sans-papiers ou déloger des familles Roms, face à la barbarie de nos sociétés actuelles, à une spéculation effrénée pour le profit de quelques-uns, à la multiplication des plans sociaux, n’oublions pas le message des mutins : « crosse en l’air » quand cela devient insupportable.

La Grande guerre, c’est aussi le déchaînement des barbaries, notamment dans les territoires occupés. L’occupation en France pendant la Première Guerre mondiale est quasi inexistante dans les manuels ; les exactions étaient pourtant légion. Travail forcé, pénuries alimentaires, violences quotidiennes, déportation des jeunes filles et des jeunes femmes de Lille, exécutions sommaires, etc. Il faut aujourd’hui rendre hommage à ces oubliés de la Grande guerre. Citons Léon Trulin, adolescent résistant, fusillé pour espionnage à tout juste 17 ans. Sa vie, écourtée sans jugement par les troupes allemandes, doit nous servir d’exemple et nous encourager à lutter à chaque instant contre la barbarie.

Ces victimes encore trop souvent tues, celles de l’arrière, sont aussi des femmes, de Louise de Bettignies, espionne amandinoise morte en Allemagne, à Angèle Lecat, fusillée à Rumegies pour avoir hébergé des soldats anglais évadés. Des femmes engagées dans le conflit, devenues des symboles d’une dynamique nouvelle. A l’arrière, les femmes ont pour la première fois pu s’émanciper. Si le mouvement féministe était évidemment antérieur, le début de la guerre en 1914 a permis aux femmes de sortir de leur foyer, de leur prison, leur obscurité. Elles participent pleinement à l’effort de guerre : « partout où l’homme se bat, partout où l’homme souffre, partout où l’homme travaille, partout où son absence réclame une présence, la femme se lève dans l’ombre du guerrier » (Marthe Dupy).

Les femmes ont prouvé qu’elles étaient les égales des hommes. Hors des frontières françaises, les revendications féministes se font également entendre durant la Première Guerre mondiale. Dans les pays anglo-saxons, les mouvements de Suffragettes ont permis l’obtention progressive du droit de vote pour les femmes. Il est important de rendre aussi hommage à ces combattantes là.

Il est important aussi de prendre conscience des plaies non refermées. A ce titre, les effets de cette guerre se ressentent toujours dans nos sols : il n’y a pas d’armistice pour les déchets de guerre.

Les munitions de la Première Guerre mondiale présentes dans le sol de notre région Nord Pas de Calais – Picardie depuis un siècle fondent en polluant nos sols, nos nappes phréatiques, et constituent un danger pour la santé des habitants. Les sels de perchlorates, abondamment utilisés en tant qu’explosifs dans les obus, sont les principaux polluants. Plusieurs arrêtés de restriction de consommation de l’eau du robinet pour les nourrissons de moins de six mois et les femmes enceintes ont été déclarés.

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Les effets sur la santé sont conséquents : hyperthyroïdie, problèmes de croissance ou de développement neurologique chez le nourrisson, etc. La répartition des teneurs en perchlorate est directement liée aux lignes de front des combats entre les forces de la triple-entente et l’armée allemande. Les teneurs les plus élevées sont observées autour de Lens, Arras et Douai. Ce sont 500 à 800 tonnes de munitions anciennes qui sont découvertes, neutralisées ou entreposées chaque année sur le territoire français, avant tout dans le Nord et dans l’Est. Il faut mettre en place un plan de déminage d’envergure sur des décennies pour finalement débarrasser notre territoire du danger représenté par les millions d’obus.

Les États entrent facilement en guerre, il est plus difficile d’en sortir. Cette journée de commémoration doit nous rappeler que la paix est un combat nécessaire plus difficile à mener encore.

Sandrine Rousseau
Candidate du Rassemblement « Choisir une région citoyenne, écologique et solidaire »

Les têtes de listes départementales du Rassemblement :
Dominique Jourdain pour l’Aisne
Laurent Matejko pour le Nord
Marie-Laure Darrigade pour l’Oise
Marine Tondelier pour le Pas-de-Calais
Dominique Théo pour la Somme

Thierry Brochot, Conseiller régional de Picardie

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