De retour de la frontière Syrienne

Voilà, nous sommes de retour.

Il y a pile une semaine nous rencontrions Brita Hagi Hasan, Président du Conseil d’Alep-Est, venu alerter en France sur le sort de ses concitoyens.

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Il nous a fait le récit effroyable de ce qui était en cours à Alep depuis près de 130 jours que durait le siège de la ville sur fond de bombardements russes et d’avancée des troupes du régime de Bachar El Assad. Comme il venait d’ailleurs de le faire à des dizaines de personnes au cours d’une semaine marathon de rendez-vous pour alerter les uns et les autres.

Enormément de monde l’a reçu en France. L’a écouté poliment. A été ému, inconstablement. Mais il nous a avoué avoir la sensation de prêcher dans le désert tant il voyait que cela n’avait aucun impact sur la situation sur place.

Alors les parlementaires écolos présents au rendez-vous lui ont demandé : « que pouvons nous faire concrètement? » Et là il nous a dit que la dernière solution qu’il voyait, c’était que nous retournions là-bas avec lui. Le plus loin possible. Que c’était primordial. Pour alerter l’Occident. Et affirmer notre solidarité avec les civils.

Et surtout que c’était urgent: les 100000 civils encore vivants à Alep n’ont alors plus rien à manger ni médicaments depuis plusieurs jours. Les médecins y opèrent désormais sans anesthésiants. Et le nombre de personnes à y sauver s’amenuise de jours en jours.

La décision a été prise à la sortie de la réunion avec lui: nous avons écrit à tous les parlementaires français et les avons invités à venir avec nous.

Certes, à 100, ça aurait eu de la gueule. Ils n’ont finalement été que trois: Cécile Duflot, Hervé Mariton et Patrick Mennucci. D’autres avaient fait part de leur intérêt mais leur agenda ne leur permettait pas un départ si précipité.

Mais sur place chaque jour comptait, nous le savions. Nous avons donc pris la décision de partir dès le dimanche suivant, le temps de réserver les billets d’avion, de préparer le plan de déplacement, de trouver un traducteur, de monter quelques RDV sur place notamment avec l’ONU et les autorités rebelles syriennes, d’enregistrer les règles élémentaires de sécurité, etc.

Certains ont tout fait pour nous décourager de partir mais il était hors de question de faire marche arrière. Nous ne nous le serions jamais pardonné.

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Sur place nous avons pu alerter la presse internationale mais aussi et surtout discuter avec le responsable « Réponse à la crise syrienne de l’ONU » manifestement dans une impasse diplomatique. Et constater que l’évacuation des 100 000 personnes en question était POSSIBLE en 24 HEURES, un corridor de 4 kilomètres suffisant à les amener en zone libre.

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Seulement voilà: la Russie refusait d’arrêter 24 PETITES HEURES ses bombardements. Et donc l’ONU était impuissante. Frustration. Incompréhension. Effarement.

Une heure plus tard, alors que nous cherchions à entrer en Syrie pour visiter un hôpital à Azaz et rencontrer plus de témoins, les autorités turques nous ont refusé le passage. Nous sommes donc retournés à la ville frontalière de Kilis et avons pu échanger avec des réfugiés et des blessés d’Alep dans les dispensaires qui y sont installés.

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Le soir, l’effroi franchissait un degré supplémentaire avec la chute en direct d’Alep. Un rassemblement organisé en soutien à Gaziantep est organisé en urgence par les représentants des opposants à Bachar réfugiés en Turquie mais les autorités turques dispersent les quelques 200 personnes de manière très abrupte.

La ville – où nous passons la nuit – est décrétée « en état de guerre ».

Impuissants, nous assistons sur nos téléphone à une nuit d’horreur. Les copains humanitaires reçoivent de terrible de nouvelles de leurs collègues et amis qui officient héroïquement à Alep depuis des semaines mais que Bachar considère comme « des terroristes qui soignent des terroristes » et traite comme tels en les faisant assassiner par ses milices.

Les activistes font leurs adieux par des vidéos sur twitter.

L’ONU et La Croix Rouge confirment des massacres à l’arme blanche y compris de femmes et d’enfants.

Les journalistes de guerre que nous rencontrons sur place nous confient n’avoir jamais vu cela.

Cette fois-ci nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Car chacun d’entre nous a la possibilité via les réseaux sociaux de vivre les choses en direct.

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Alors voilà. Aujourd’hui la ville est en train d’être évacuée par l’ONU. Le corridor que nous réclamions et qu’ils tentaient de mettre en place depuis plusieurs jours est en cours de mise en œuvre mais à l’heure où nous parlons les massacres continuent. Et le sort des personnes qui ont défendu leur ville, leur quartier, leur famille et leur honneur reste très incertains.

Les bombes russes et les milices au sol ont fait des ravages mais elles ne sont pas les seules. Car notre impuissance et il faut l’avouer un certain désintérêt ont aussi été destructrices. Désintérêt de la classe politique. Désintérêt de la classe médiatique. Et désintérêt de la société française tout entière, plus excitée par les débats tragi-comiques des primaires de gauches et de droites que par le sort de dizaines de milliers de personnes prises au pièges

Ce que je retiendrai de ces dernières 48 heures, c’est cette nuit d’hier passées à suivre un crime contre l’humanité en direct sur twitter. Cette incapacité à fermer l’œil « pour ne pas les laisser seuls ». Ces heures à réfléchir à ce monde qui vrille.

Et surtout le désespoir ressenti à la lecture ces centaines de messages « pro-poutine » rédigés par des compatriotes de droite et de gauche intoxiqués par la propagande du Kremlin qui commentait systématiquement mes posts Facebook et Twitter.

Le fait que les méthodes de Poutine aient un fan club au pays des droits de l’homme me donne le vertige. Et le tas de conneries que j’ai pu lire et recevoir sur le sujet la nausée.

3 candidats déclarés à la présidentielle – et pas des moindres – ont des affinités indéniables et même revendiquées avec Vladimir Poutine. À eux d’éclaircir leur position, en particulier sur le dossier syrien. À moins d’avoir à assumer la complicité de ce qui désormais est officiellement reconnu comme un crime contre l’humanité.

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