Portrait dans Le Monde : Hénin-Beaumont, terre de mission pour la candidate écologiste

Retrouvez ci-dessous et au lien suivant mon portrait paru ce jour dans Le Monde.

A noter que Bruno Bilde explique que je « ments de façon effrontée » dans mon livre, comme d’habitude sans préciser à quel endroit et pourquoi dans ce cas il ne porte pas plainte pour diffamation. Avant d’ajouter « Elle n’est pas bête » (merci)  « mais elle est dépourvue de sens politique : elle choisit toujours le mauvais cheval« , comme si on était au PMU et qu’il s’agissait de parier sur le gagnant. Je suis fière de faire systématiquement le choix de mes convictions et non de l’opportunisme. C’est sûr que certains ne peuvent pas comprendre…

Hénin-Beaumont, terre de mission pour la candidate écologiste

Face à Marine Le Pen, qui vise la circonscription de ce fief FN, Marine Tondelier (EELV), l’enfant du pays, veut croire en ses chances.

LE MONDE | 24.05.2017 à 11h52 • Mis à jour le 24.05.2017 à 13h44 |Par Raphaëlle Besse Desmoulières (Hénin-Beaumont, envoyée spéciale)

Marine Tondelier en campagne sur le marché d'Henin Beaumont, le 23 mai.

« Bonjour, je m’appelle Marine mais faut pas confondre, je n’ai rien de commun avec l’autre ! » Ce mardi 23 mai, c’est jour de marché à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Tracts à la main, l’écologiste Marine Tondelier joue sans complexe de ce prénom qu’elle partage avec la présidente du Front national, son adversaire dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Sous le soleil printanier, l’accueil est aimable, malgré quelques refus polis.

En jean-baskets, panier en osier sous le bras, l’enfant du pays manie l’humour et la décontraction. Ici, elle est chez elle. « Tout le monde connaît mon engagement contre le FN », glisse-t-elle. A 30 ans, cette diplômée de Sciences Po Lille partage sa vie entre sa ville natale et Paris, où elle travaille à temps partiel comme assistante parlementaire de la députée Cécile Duflot.

Pour la seconde fois, elle se présente dans cette circonscription. En 2012, elle avait recueilli 1,6 % des voix. Deux ans plus tard, cette dirigeante nationale d’Europe Ecologie-Les Verts décroche son premier mandat de conseillère municipale d’opposition sur une liste (presque) unitaire de la gauche balayée dès le premier tour par le frontiste Steeve Briois. Depuis, elle est devenue l’une des bêtes noires de la nouvelle équipe municipale d’extrême droite et de ses militants. « Vous vous en prenez tellement plein la gueule que vous prenez de la bouteille en vitesse accélérée mais les gens voient que vous êtes solide », raconte-t-elle.

Marine Tondelier, à Hénin-Beaumont, le 23 mai.

Sur les réseaux sociaux, attaques et injures pleuvent. « Sur Facebook, on subit un harcèlement quotidien de frontistes qui nous traitent de “gauchiasse” ou “socialopes”, c’est pénible », euphémise son collègue communiste David Noël. Les conseils municipaux virent aussi à l’affrontement violent. Ce qui inquiète Cécile Duflot. « Personne n’est obligé d’être martyr, juge l’ex-ministre du logement. Marine est “sous surveillance”. Ils n’ont aucune limite. Le but, c’est de la faire craquer. »

« Règne de la peur »

La publication de son livre Nouvelles du front (Les Liens qui libèrent, 224 pages, 18 euros), en mars, n’a rien arrangé. Marine Tondelier y raconte la vie sous le FN et le difficile quotidien des employés municipaux.« Intimidations, prises à parties et lynchage public des récalcitrants… Un vrai règne de la peur a vu le jour », dénonce-t-elle. « Elle ment de façon effrontée, répond Bruno Bilde, bras droit du maire et adjoint aux affaires générales. Elle est prête à faire beaucoup pour faire parler d’elle. » Et d’ajouter : « Elle n’est pas bête mais elle est dépourvue de sens politique : elle choisit toujours le mauvais cheval. »

Une allusion à ses alliances passées, rarement couronnées de succès, avec le PCF ou le Parti de gauche. Pour le scrutin de juin, les discussions ont avorté. Chacun pour soi et advienne que pourra. Sans compter la candidate de La République en marche, ils sont six prétendants à gauche parmi lesquels le député sortant socialiste Philippe Kemel. La bataille s’annonce rude, peut-être même perdue d’avance.

Ici, le Front national se nourrit d’une désespérance sociale et politique, alimentée dans le passé par la gestion calamiteuse de socialistes peu scrupuleux. Dans cette circonscription plus large que la seule ville d’Hénin-Beaumont, à la présidentielle, Mme Le Pen a recueilli 41,17 % des voix au premier tour, loin devant Jean-Luc Mélenchon (23,13 %) et Emmanuel Macron (14,55 %). Au second, elle a gagné plus de 7 000 voix pour atteindre les 58,17 %.

Noël Mamère et Jean-François Caron, le maire de Loos-en-Gohelle, à la réunion publique qui s’est tenue au Shanon, pub de Hénin-Beaumont, le 23 mai.

« On peut battre Marine Le Pen »

En 2012, M. Mélenchon essuyait une sévère défaite sur ce territoire. Malgré la concurrence du PCF, Jean-Pierre Carpentier, qui prend sa suite, espère bien « maintenir le potentiel » obtenu par le candidat de La France insoumise le 23 avril. Marine Tondelier, aussi, veut croire qu’elle a une chance, même si le bassin minier reste une terre de mission pour les écologistes.

Dans la soirée, devant une cinquantaine de ses partisans réunis dans un bar d’Hénin, la jeune femme se projette comme une « députée de combats » et promeut un « bouclier écologique et social ». « Je ne serai pas une députée qui disparaît pour revenir cinq ans après », promet-elle. Ligne à très haute tension, pollution de l’eau, du sol, de l’air : elle entend déposer, si elle est élue, une proposition de loi pour créer un fonds d’indemnisation des victimes de préjudices environnementaux.

A ses côtés, Noël Mamère, député sortant de Gironde, et Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, petite enclave écolo à quelques kilomètres de là. Le premier insiste pour faire de l’écologie « un outil de lutte contre les inégalités, d’émancipation et d’estime de soi ». Le second raconte les succès rencontrés dans sa ville et vante « la culture collective d’oser changer » qui anime ses concitoyens.

« On peut battre Marine Le Pen, je suis née ici, les gens me connaissent », lance Marine Tondelier, comme pour s’en convaincre. La candidate de La République en marche ? Celui des insoumis ? « Pas assez consensuels », balaie-t-elle, le regard tourné vers l’avenir. Dans son livre, la jeune femme assure qu’elle ne fera pas au FN « le cadeau de céder à leur chantage insidieux ». « Parce que se cacher, ce serait renoncer, ajoute-t-elle. Et renoncer, ce serait les laisser gagner une seconde fois. » A Hénin-Beaumont, l’extrême droite n’en a manifestement pas fini avec elle.

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