Les élus écologistes de l’agglo mobilisés sur la question des perchlorates

Au cours du Conseil communautaire de la CAHC (Hénin-Carvin) du mois d’avril, Bruno Wilk et moi-même avons posé une question orale au sujet des perchlorates, qui sont utilisés comme oxydant dans les munitions d’armes à feu mais aussi comme propulseur dans les missiles et les roquettes. On les retrouve également dans les feux d’artifice ou dans les airbags. Et malheureusement, dans le bassin minier… dans nos nappes phréatiques et l’eau de notre robinet.

perchlorate_05_02_2015
Dans les années 60, des stocks d’armes et de munitions de la 1ère guerre mondiale ont été détruits en masse sous forme de « poudrières », ce qui a eu pour conséquence de saturer notre sol de perchlorates, lesquels ont rapidement atteint nos réserves en eau qui sont encore aujourd’hui polluées, car les ions perchlorate persistent dans l’environnement (nappes et eaux de surfaces notamment) durant des décennies.

Le problème, c’est que les perchlorates sont toxiques. Ce sont des perturbateurs endocriniens, notamment dangereux pour nos glandes thyroïdes. Et qui peuvent affecter la santé même à faible dose.

C’est pour cette raison que le préfet du Pas-de-Calais, depuis 2012,  a mis en place sur notre territoire une restriction d’usage de l’eau du robinet pour l’alimentation des nourrissons de moins de 6 mois et celle des femmes enceintes et allaitantes. Mais comment remédier à cette pollution en amont? Comment protéger vraiment les populations?

Ce sont les questions que nous avons posées au président de l’agglo Hénin-Carvin lors de cette séance du conseil communautaires. En voici le texte:

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Monsieur le Président,
Vous le savez, des ions perchlorates ont été détectés dans l’eau du robinet de 12 des 14 communes de la Communauté d’Agglomération Hénin-Carvin (toutes sauf Evin-Malmaison et Leforest).
Ces sels de perchlorates sont utilisés dans de nombreuses applications industrielles pyrotechniques et sont suspectés, à dose importante, d’avoir une interaction avec le processus d’incorporation de l’iode par la thyroïde.
Un arrêté du Préfet du Pas de Calais prévoit d’ailleurs, depuis le mois d’octobre 2012, une restriction d’usage de l’eau du robinet pour l’alimentation des nourrissons de moins de 6 mois et celle des femmes enceintes et allaitantes.
Cet arrêté, Monsieur le Président, est aujourd’hui toujours en vigueur, et nous amène, mon collègue écologiste Bruno Wilk et moi-même, à vous poser 3 questions:
1. L’agglomération pourrait-elle interpeller les autorités concernées par la contre les sources évitables de contamination de notre eau potable aux perchlorates, et notamment leur utilisation dans les feux de Bengale ou encore les airbags?
2. Comment l’agglomération peut-elle se mobiliser, avec ses partenaires, pour traiter les eaux polluées aux perchlorates avec les technologies existantes, notamment l’usage de résines ou l’osmose inverse?
3. L’arrêté préfectoral prévoit que les personnes responsables de la production ou de la distribution d’eau informent tous les consommateurs concernés par la restriction d’usage. Comment la population a-t’elle été informée? Au-delà de cette information, quelles mesures pourrait-on prendre, en lien avec les mairies concernées, pour protéger les populations visées par la restriction? Ne pourrait-on par exemple pas envisager de mettre des bouteilles d’eau

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C’est Stanislas Smuraga, le Conseiller délégué à l’eau, qui y a répondu au nom du président. Voici ses réponses, à chacune des questions posées.

I « L’Agglomération pourrait-elle interpeller les autorités concernées contre les sources évitables de contamination de notre eau potable aux perchlorates et notamment leur utilisation dans les feux de Bengale ou encore les airbags ? »

La découverte de la présence de traces de perchlorates dans une ressource de la métropole lilloise en 2011 a amené l’ensemble des collectivités voisines à analyser ce composé dans leurs ressources en eau. Les teneurs mesurées ont conduit les autorités sanitaires à engager en lien avec les distributeurs d’eau, un programme d’évaluation de l’ensemble des ressources régionales.

Ce programme a mis en évidence une contamination étendue de la nappe de la craie. Ainsi à l’échelle de la Région sur une population de 4 millions, plus de 1 250 000 habitants sont desservis par une eau ayant une teneur en perchlorates supérieure à 4 µg/l.

Le 25 octobre 2012, par application du principe de précaution, les préfets du Nord et du Pas-de-Calais ont pris des arrêtés de restriction d’usage de l’eau pour les nourrissons et les femmes enceintes dès lors que les teneurs en perchlorates sont respectivement supérieures à 4 et 15 µg/l.

Dès le mois de novembre 2012, un groupe de travail composé de représentants de la CAD, la CAHC, la CALL, la CUA et VEOLIA s’est constitué. Les travaux menés sous l’égide de ce groupe de travail ont permis de développer des partenariats et des échanges avec des universités, et des centres de recherche et de mobiliser d’importants moyens d’investigations analytiques et d’apporter certains éléments de réponse.

Des études menées par criblage analytique à l’échelle régionale ont permis d’écarter certaines sources de contamination potentielles. Ainsi l’origine agricole peut être éliminée au regard de la forte disparité des teneurs en perchlorates sur des secteurs mettant en œuvre des pratiques agricoles cohérentes entre elles.

L’origine industrielle, quant-à-elle, ne conduirait pas à une contamination de si grande échelle, cette dernière source reste toutefois potentiellement responsable de contaminations ponctuelles de la nappe.

En revanche, la concomitance des zones contaminées par les perchlorates et des zones de combat de la première guerre mondiale met en évidence un lien de cause à effet.

La présence de stocks de munition enfouis, ayant émis et continuant d’émettre de perchlorates pourrait expliquer les teneurs élevées en perchlorate de certains ouvrages.

Les études menées sur la principale ressource d’eau potable de l’Agglomération constituée des forages de Quiéry-la-Motte ne mettent pas en cause l’origine industrielle de la contamination ou les feux de Bengale ou les airbags comme source de pollution du site.

En conséquence, il apparaît difficile pour l’Agglomération d’interpeler valablement les autorités concernées pour les sources évoquées.

Néanmoins, un courrier de demande de précisions pourrait être  adressé à l’A.R.S. (Agence Régionale de Santé) sur le sujet évoqué.

II « Comment l’Agglomération peut-elle se mobiliser avec ses partenaires pour traiter les eaux polluées aux perchlorates avec les technologies existantes, notamment l’usage de résine ou l’osmose inversée » 

VEOLIA, le délégataire de la CAHC a expérimenté des résines par la mise en  place d’un pilote au sein de la station de dénitratation de Quiéry-la-Motte.

 Les résultats des expérimentations menées ont conclu au fait que les résines expérimentées permettaient de supprimer à quasiment 100% la pollution aux perchlorates.

Aujourd’hui l’obstacle à la mise en œuvre en grandeur réelle de ce type de  traitement est entre autre d’ordre réglementaire. En effet, les résines n’ont pas reçu d’agrément par l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire).

Par ailleurs, d’autres pistes de réflexion sont en cours et font référence à des interconnexions avec des territoires où la ressource n’est pas contaminée et qui par dilution permettrait de diminuer les concentrations en perchlorates.

Comme vous le voyez même si l’éventuel impact sur la santé des personnes les plus fragiles (nourrissons, femmes enceintes ou allaitantes) des perchlorates aux doses actuellement rencontrées dans la nappe de craie n’est toujours pas précisé, les collectivités continuent à faire avancer les connaissances qui relèvent de leur champ de compétences :

Par ailleurs, il sera aussi nécessaire d’éclaircir un aspect fondamental : n’est-ce pas à la solidarité nationale d’assumer la réparation de ces dommages de guerre ?

III – « L’arrêté préfectoral prévoit que les personnes responsables de la production ou de la distribution d’eau informent tous les consommateurs concernés par la restriction d’usage. Comment la population a-t-elle été informée ? Au-delà de cette information quelles mesures pourrait-on prendre en lien avec les mairies concernées, pour protéger les populations visées par la restriction ? ne pourrait-on pas par exemple envisager de mettre des bouteilles d’eau minérale à leur disposition ? »

En matière de santé publique, seule l’A.R.S. est habilitée à communiquer. Pour les usagers de notre territoire, les informations de l’A.R.S. sur la restriction d’usage sont relayées périodiquement par notre délégataire  dans le cadre de la facturation qui est accompagnée du bulletin A.R.S.  sur la qualité de l’eau.

Pour mémoire, la C.A.H.C. a édité un DIVERCITE spécial EAU en octobre 2012 pour porter à connaissance la mise en œuvre du principe de précaution.

Concernant la proposition de mettre à disposition des bouteilles d’eau minérale à la population concernée par la restriction, après étude, il s’est avéré que les aspects techniques d’une telle procédure s’avéraient hyper ardus. Par suite cette disposition n’avait pas été retenue.

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Bruno Wilk et moi-même ne manqueront pas de revenir sur ce sujet lors des prochaines séances du Conseil Communautaire pour obtenir davantage d’engagements de la part de la CAHC, que cela suppose des solutions « ardues » ou pas 😉

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